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Présentiel contre e-learning ? Ou continuum de la formation numérique ?

Dans de nombreux articles parus ces derniers mois, je lis une comparaison – ou plutôt une compétition – “présentiel contre e-learning”. Cela a-t-il vraiment un sens d’opposer deux modes de distribution de la formation ? Y a-t-il vraiment opposition entre les deux ? Ou ces deux modes font-ils partie d’un continuum de la formation numérique ? C’est ce que j’essaie de décrire dans cet article.

Opposition Présentiel contre e-Learning

Dans de nombreux articles parus ces derniers temps, les auteurs opposent formation en présentiel et formation en e-learning. Un post sur LinkedIn allait encore plus loin en posant la question “Pour ou contre l’e-learning ?”

Dans l’esprit de beaucoup de gens, l’e-learning est une technologie froide et inhumaine. Un système dans lequel l’apprenant est isolé devant son écran, presque face à lui-même. “Il ne peut y avoir d’émotions dans l’e-learning” m’affirmait de façon péremptoire une personne qui suivait pourtant un MOOC très chargé en émotion sur l’autisme…

La formation digitale serait un environnement froid et totalement dénué d'émotion
Un environnement froid aux émotions factices ?

Il faut dire que la pauvreté de conception et/ou d’animation de certaines formations à distance ne prêche pas pour ce système. Mais ne peut-on pas en dire autant de tout système de formation ?

L’école en présentiel pur est-elle toujours si fabuleuse ? N’avez-vous jamais participé à une formation en présentiel décevante ? N’avez-vous jamais croisé un formateur peu compétent dans les couloirs des centres de formation ?

Les véritables défauts de l’e-learning actuel tiennent sans doute moins à la technique qu’aux compétences de ceux qui la mettent en oeuvre…

Ou continuum de la formation numérique

Et si, au lieu d’être une opposition entre présentiel et e-learning, la formation numérique (ou digitale) était en fait un continuum ?

J’ai tenté de représenter cette hypothèse à l’aide du graphique ci-dessous :

Ce que j’entends par « continuum », c’est que les méthodes ne sont pas opposées, mais disposées le long d’une  matrice qui croise « plus de technologie / moins de technologie » et « présence / distance ».

Différentes façon de distribuer la formation

Le « présentiel pur » est celui qui utilise le moins de ressources technologiques et (presqu’)-uniquement le présentiel : c’est le modèle scolaire traditionnel – qui est pourtant moins pur qu’on le croit puisqu’il comporte des devoirs à faire à la maison et souvent, une communication avec les parents.

Ce qui frappe, cependant, si on le compare à des photos de classe d’avant 1914, c’est qu’à part le gros poële à charbon, peut de choses ont changé dans la façon de disposer les bancs ou les tables, de placer le formateur ou le professeur au centre, de prévoir une “descente” verticale du savoir depuis le “sachant” jusqu’aux “ignares”.

Salle de classe traditionnelle avec le tableau vert et la craie
Le présentiel pur trahi par le smartphone 😉

Vous croyez que je caricature ?  Rendez-vous dans quelques écoles – et malheureusement, dans quelques centres de formation.  Et vous me direz si j’exagère 😉

Le présentiel enrichi

Le présentiel enrichi utilise des ressources en ligne (sites web de référence, wiki, e-mail, etc.) mais tout cela est utilisé de manière ponctuelle : la formation n’est pas conçue comme une seule unité distribuée sur plusieurs modes, mais bien comme une formation en présentiel « opportuniste » puisqu’elle se sert des ressources distancielles qui l’intéresse. On parle dès lors d’utilisation de la technologie mais pas de technologie intégrée.

La technologie intégrée est non seulementcelle qui fait partie intégrante de la panoplie d’outils du formateur, mais est intégrée dans la conception même de la formation.  La formation tient vraiment compte du potentiel éducatif de la technologie (voir le modèle SAMR) dès sa conception.

Dans le présentiel enrichi, la technologie est présente mais non intégrée
Présentiel enrichi

Le blended learning

Le blended learning est une formation mixte ou hybride qui est conçue comme une seule unité de formation (par exemple, une formation d’anglais débutant) mais qui est distribuée sur plusieurs modalités :

  • présentiel enrichi 
  • e-learning
  • classe virtuelle
  • micro-learning

On peut utiliser toutes ces modalités pour des finalités différentes :

  • on profite de la souplesse de l’e-learning pour faire connaissance avec les participants, évaluer leurs niveaux de prérequis, etc.
  • on utilise le contact physique du présentiel pour des jeux de rôles, des dialogues, des séances de questions-réponses, des travaux dirigés, etc.
  • la classe virtuelle est du quasi-présentiel qui soutient la motivation des participants à distance presque comme le présentiel
  • le microlearning peut susciter la révision du vocabulaire, de la grammaire, ajouter une touche gamifiée (comme des badges, des battles, etc.)
Blended learning ou formation mixte : une partie d'études à la maison
Blended learning à la maison

Le blended learning est la modalité de formation la plus prisée par les entreprises en ce moment, car elle conjugue vraiment tous les bénéfices des autres modes.

Voyez notre article sur les 7 modèles du blended learning pour en savoir davantage sur ces modalités de distribution de la formation.

La classe virtuelle

La classe virtuelle est une vidéo-conférence qui utilise des outils de type pédagogique (tableau blanc, partage de documents, d’écran, de ressources numériques, etc.).

Elle peut se dérouler uniquement en plénière (tous les participants assistent à tout en même temps) ou alterner des phases plénières avec des activités en sous-groupes.

Une classe virtuelle bien faite donne un véritable sentiment de présence et est vécue par les participants comme du quasi-présentiel. La classe virtuelle peut être proposée seule ou comme partie intégrante d’une formation en e-learning ou en blended learning.

Présentiel contre e-learning : classe virtuelle en petit groupe
Classe virtuelle en petit groupe

Elle peut être suivie individuellement ou encore en petits groupes d’études.

Lors de notre formation MOOC Dys, plusieurs petits groupes se sont constitués pour suivre les classes virtuelles.

Le microlearning ou formation par micro-modules

Le microlearning ou formation basée sur une granularité très fine et des séquences très courtes proposées en fonction des besoins des apprenants.

Contrairement à ce que croient beaucoup de professionnels de la formation, le microlearning n’est pas réductible au mobile learning : il peut se concevoir sous forme de sms, mais aussi d’e-mails comme ceux qu’envoie le site Wordreference à ses abonnés du cycle Daily Word.

Présentiel contre e-learning : le microlearning ce n'est pas que le smartphone
Microlearning, sur smartphone, mais pas que

En réalité, le microlearning est davantage une conception de la formation, basée sur :

Ici aussi, ce mode de distribution peut être employé seul ou comme partie d’une formation plus large. Voir notre livre Former avec le Microlearning qui fait le point sur ce mode de distribution plus varié qu’on ne le croit généralement.

Tout cela n’est donc pas opposé, mais complémentaire.

Du présentiel pur au phygital

Aujourd’hui, nous disposons d’une batterie impressionnantes d’outils qui nous permettent de travailler à la fois dans le virtuel et le réel, le physique et le digital.  Ces deux réalités s’interpénètrent tellement aujourd’hui qu’on parle de “phygital” : d’un monde à la fois physique et digital. 

C’est frappant en réalité virtuelle où le participant se déplace physiquement dans un monde entièrement virtuel, fictif, mais que son cerveau perçoit comme réel.

La réalité virtuelle peut commencer très tôt
Réalité virtuelle à la petite école

Le phygital, l’avenir de la formation

Avec le phygital, le numérique et le réel s’interpénètrent pour former une nouvelle réalité alternative.

Une réalité alternative dans laquelle les apprenants peuvent expérimenter sans risque, s’essayer à des techniques qui, sans cela, s’avéreraient coûteuses, voire dangereuses. Par exemple, en formation de sécurité, on peut simuler des chutes ou des accidents industriels réalistes mais sans danger ni pour le stagiaire, ni pour son environnement.

On peut placer un apprenti aux commandes d’une machine industrielle sans immobiliser du matériel réel, sans engendrer de coûts liés aux “ratages”, sans risque de casse…

Ces technologies, loin d’être dépourvue de dimension émotionnelle, sont excellentes pour pratiquer le “body swap” ou l’échange de corps : une méthode qui permet de vivre une réalité – virtuelle – à travers les yeux et le corps d’une autre personne.  Et donc, de sensibiliser aux difficultés de déplacement d’une personne en chaise roulante dans différents environnements, par exemple.

Body swap : se placer virtuellement dans le corps d'une personne en chaise roulante
Habiter virtuellement la réalité d’une personne en chaise roulante

Ces technologies sont accessibles tant en présentiel qu’en ligne – des plateformes de téléchargement de cours en réalité virtuelles se mettent désormais en place.

Elles accentueront encore cette interpénétration entre “réel” et “virtuel”, entre présentiel et distanciel. Pour une plus grande efficacité de la formation. Pour, in fine, le plus grand bénéfice des apprenants.

Et donc, cette opposition “Présentiel contre e-learning” aura moins de sens que jamais.

 

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